Nous arrivons tôt le matin après une nuit dans le train dans le centre de Varanasi. C’est une ville très particulière sur le plan spirituel en Inde. C’est ici que les indiens espèrent mourir pour ainsi mettre fin au cycle des réincarnations. Organisée le long du fleuve sacré du Gange, la vieille ville qui entoure les ghâts est la plus ancienne ville du monde continuellement habitée et ce, depuis le 7ème siècle avant J-C. Et ca se voit ! Plus de 2000ans d’histoire subsistent entre ses murs. On va se loger dans cette partie de la ville, non loin de l’animation des ghâts et dans le joyeux bordel des rues de l’ancienne ville.


Véritable labyrinthe, il est très facile de se perdre dans cet amas de ruelles tentaculaires et seul le Gange qui ondule le long de la ville pour nous orienter. Et dans ces toutes petites rues, dont certaines ne font pas plus d’1m50 de largeur, ça fourmille. Des enfants qui se faufilent entre les vaches, les vielles femmes qui tentent d’atteindre les ghâts, les vendeurs des boutiques encastrés dans les murs ventant leur marchandise… Une foule se presse, quand on entend au loin un cortège funéraire qui arrive au pas de course sur nous, en direction des ghâts. Ils portent un corps enroulé dans des tissus rouges, jaunes et ors, posé sur un genre de civière du moyen âge, entouré d’encens et accompagné par les chants des rites funéraires.

Ils l’emportent vers les ghâts de crémation, où sur quelques morceaux de bois qu’aura pu se payer la famille du défunt, ils déposeront le corps avant de l’enflammer en plein air, à la vue de tous et sous l’œil perplexe des touristes. Après avoir assisté à la décomposition du corps, les cendres (et les morceaux s’il en reste…) seront ensuite déversés dans le Gange pour que le mort puisse ainsi mettre fin au cycle des réincarnations et atteindre enfin le Nirvana.Ca peut paraître glauque comme ça, mais au contraire. Ca déborde de vie, bien plus que chez nous. La mort est dédramatisée, c’est au contraire une joie, un passage vers autre chose. Et l’occasion d’une nouvelle coupe de cheveux pour le fils ou la fille ainé(e) du défunt qui doit se raser la tête.


Varanasi dégage vraiment une ambiance particulière, où on se prend à regarder couler le Gange perdu dans la rêverie. On peut rester spectateur pendant de longs moments de l’activité débordante autour du Gange, avec les centaines de bateliers qui attendent un client sur les rives, les dizaines de mendiants qui trouvent toujours une bonne âme pour leur donner une pièce, les sâdhus en quête de méditation les yeux braqués sur l’horizon. Les vaches sont toujours là aussi, faisant bronzette sur les ghâts tout en observant les buffles massifs et baveux se faire laver dans le fleuve sacré.


Les chèvres qui dévalent les marches des ghâts à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent, des chiens en pagaille suivis par leurs chiots ou encore les charmeurs de serpents en quête d’argent font aussi parti de ce décor un peu surréaliste, bien loin des quais bien agencés de Bordeaux… Les hommes prennent leur bain dans le fleuve, pendant que les femmes au ghât suivant font la lessive frottant leur linge dans l’eau trouble et l’étendant ensuite à même le sol, recouvrant ainsi les ghâts décrépis de multiples taches de couleurs vives.


Un épais brouillard entoure en permanence la ville depuis 3jours que nous sommes là, ce qui rajoute encore à cette impression d’être hors du temps. Et lorsque que la nuit tombe sur Varanasi, c’est l’ambiance tout entière de la ville qui change.


A bord du bateau à rames qui nous fait remonter les rives du fleuve, nous ne pouvons qu’être encore une fois spectateur de l’effusion de spiritualité qui s’étale sous nos yeux : le ghâts de crémation, qui fonctionne 24h/24h est éclairé par le feu des buchers, juste à côté de cette grande bâtisse délabrée où les veuves mourantes de tout le pays viennent attendre la mort. Au ghât suivant, c’est la Puja qui bat son plein.


C’est la fête du fleuve, tous les soirs à 18h. Une belle cérémonie où tout le monde se rejoint pour remercier le fleuve et demander sa bénédiction. Des offrandes sont faites, laissant flotter des milliers de petites bougies qui éclairent le Gange et les gens chantent des prières.


Au suivant, ce sont les longues marches du ghât tout entier qui sont recouvertes par 1000bougies qui scintillent dans la nuit et juste à côté, des groupes d’enfants jouent au sport national : le criquet.


Nous débarquons finalement et remontons vers notre guest house à travers les rues encombrées de la vieille ville, avec les yeux rivés sur le sol pour éviter les bouses de vaches qui jonchent le sol crasseux.
On suit les directions indiquées sur les multiples publicités peintes sur les murs. Et lorsqu’on est plus très sur du chemin, on trouve toujours quelqu’un pour nous indiquer la route.

On recroise pendant notre séjour à Varanasi, deux jeunes françaises rencontrées à Bundi et notre ami Brieuc de Mc Leod Ganj. Le monde est vraiment tout petit, même perdu au beau milieu d’1milliard 200millions d’indiens !

C’était notre dernière destination en Inde du Nord. On s’apprête à quitter l’Inde sacrée après presque 2mois. Nous sommes le 22 décembre, bien loin du sapin de Noël et de la buche traditionnelle. On embarque à bord du train qui nous emmènera pendant 44h vers le sud en longeant la côte est, pour atteindre Chennai. De là bas, nous devons prendre un bateau le 24 décembre dans l’après midi qui nous emmènera en 3 jours sur les magnifiques îles des Andamans !

Un petit mot pour finir pour vous donner quelques nouvelles fraiches car nous avons un sacré décalage avec le blog. Nous sommes au Cambodge depuis bientôt deux semaines et nous allons très bien. Et j’en profite pour faire un bisou spécial à Georgia et Stéphanie qui ne devraient plus tarder à accoucher, si ce n’est déjà fait. Gros bisous à vous et à très bientôt :)

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